La mise-bas chez la chienne demande plus de préparation qu’on ne l’imagine souvent. Je vois régulièrement les mêmes hésitations au moment où le terme approche : comment reconnaître un travail normal, quels délais surveiller, quoi préparer à la maison et à quel moment appeler le vétérinaire. Cet article répond à ces points de façon concrète, avec un détour utile par la stérilisation si vous ne souhaitez pas de portée.
Les repères essentiels pour vivre la mise-bas sereinement
- La gestation dure en moyenne 63 jours à partir de l’ovulation, mais la date de saillie seule reste approximative.
- Une baisse d’environ 1 °C de la température rectale, l’agitation et la recherche d’un nid annoncent souvent le début du travail.
- Une expulsion normale prend souvent 15 à 45 minutes par chiot, avec parfois des pauses entre deux naissances.
- Un écoulement vert sans naissance rapide, des contractions fortes sans chiot ou plus de 2 heures entre deux petits justifient un appel au vétérinaire.
- Après la naissance, il faut surveiller la tétée, le poids des chiots et l’état général de la mère pendant plusieurs jours.
- Si aucune portée n’est prévue, la stérilisation se discute hors chaleurs et jamais pendant une gestation.
Ce qu’est une mise-bas normale chez la chienne
Je préfère raisonner la mise-bas en trois phases, car cela évite de confondre un déroulement habituel avec une complication. La première phase est préparatoire : la chienne s’agite, halète, se couche puis se relève, cherche un endroit calme et peut refuser de manger. La deuxième phase correspond à l’expulsion des chiots, avec des contractions abdominales visibles. La troisième est la délivrance, c’est-à-dire l’expulsion des placentas.
| Phase | Ce que l’on observe | Repères utiles |
|---|---|---|
| Préparation | Agitation, nid, isolement, halètement, baisse d’appétit | Environ 4 à 12 heures, parfois plus longtemps chez une primipare, c’est-à-dire une chienne qui met bas pour la première fois |
| Expulsion | Contractions abdominales fortes, sortie d’un chiot entouré de membranes | Souvent 15 à 45 minutes par chiot, avec des pauses possibles |
| Délivrance | Sortie des placentas, léchage des petits, reprise de la tétée | En général dans les minutes qui suivent chaque naissance |
Le terme médical à connaître ici est dystocie : il désigne une mise-bas difficile, quand l’expulsion ne se fait pas correctement. C’est la frontière la plus importante à garder en tête, parce qu’elle change tout dans la conduite à tenir. C’est aussi pour cela que je commence toujours par les signes annonciateurs, avant même d’entrer dans le détail du travail.
Les signes qui annoncent le travail chez la chienne
Les premiers indices ne sont pas toujours spectaculaires. Le signe le plus constant reste la baisse d’environ 1 °C de la température rectale, souvent observée 8 à 24 heures avant la naissance. Quand je suis une chienne arrivée à terme, je conseille généralement de prendre la température 2 à 3 fois par jour sur la fin de gestation, car ce repère est plus fiable que l’impression visuelle.
- Changement de comportement : elle devient plus agitée, cherche le calme, gratte le sol ou prépare un nid.
- Baisse d’appétit : elle mange moins ou refuse le repas juste avant le travail.
- Température corporelle : la chute d’environ 1 °C est souvent le meilleur marqueur d’imminence.
- Vulve plus relâchée : elle se modifie parfois 24 à 48 heures avant la mise-bas.
- Écoulement clair : une glaire transparente peut apparaître avant le travail.
- Montée de lait : elle peut commencer quelques jours avant, ou plus tard, selon les chiennes.
Ces signes n’apparaissent pas tous chez chaque femelle, et leur intensité varie aussi selon l’âge, la race et le fait qu’il s’agisse ou non d’une première portée. Une chienne calme peut donner l’impression de ne rien préparer, alors qu’une autre devient très démonstrative. C’est justement ce contraste qui justifie de préparer l’espace et le matériel avant le jour J.
Préparer la maison et le matériel sans surcharger la chienne
Une bonne préparation ne consiste pas à surveiller la chienne de près en permanence, mais à lui offrir un cadre simple, propre et stable. Une caisse de mise-bas, c’est-à-dire un espace bas, adapté à sa taille et facile à nettoyer, reste la meilleure option dans la plupart des cas. Elle doit être installée dans une pièce calme, à l’abri des courants d’air et des allées et venues.
- Un lieu tranquille : pas de passage inutile, pas de bruit continu, pas de changement de pièce au dernier moment.
- Du linge propre et absorbant : serviettes, alèses, couvertures lavables.
- Un thermomètre : pour le suivi des derniers jours avant la mise-bas.
- Une balance précise : utile pour peser les chiots chaque jour après la naissance.
- Les coordonnées du vétérinaire : idéalement un service d’urgence joignable 24 h/24.
- Un espace sécurisé : assez grand pour la mère, mais conçu pour éviter qu’un chiot se coince contre une paroi.
Si la chienne est à poils longs, un toilettage léger autour des mamelles peut faciliter la tétée. Je recommande aussi de faire valider en amont la stratégie de suivi par le vétérinaire, surtout pour les races à risque, les petites chiennes, les brachycéphales ou les primipares. Plus le contexte est fragile, plus l’anticipation compte. C’est ce cadrage qui aide à savoir quand s’écarter et quand agir, ce que je détaille juste après avec le déroulé concret de la mise-bas.

Les grandes phases de la mise-bas et les repères horaires à surveiller
Quand la mise-bas se déroule normalement, les délais restent relativement lisibles. Le point délicat, c’est qu’ils ne sont pas identiques d’une étape à l’autre. Je préfère donc retenir des repères simples plutôt qu’un chronomètre rigide : la chienne peut prendre du temps pour se préparer, puis enchaîner plusieurs expulsions, puis faire une pause avant le chiot suivant.
| Moment | Ce qui est normal | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Phase préparatoire | Agitation, isolement, halètement, refus de s’alimenter | Le col se relâche et l’utérus entre en travail |
| Début de l’expulsion | Contractions abdominales fortes, parfois sécrétions vert foncé | L’utéroverdine, un pigment placentaire, peut colorer les pertes quand un chiot va naître |
| Entre deux chiots | Une pause de repos peut apparaître | Elle n’est pas forcément inquiétante si la chienne reste stable et que le travail reprend |
| Délivrance | Expulsion des placentas après les chiots | Le nombre de placentas doit correspondre au nombre de chiots |
Ce qui mérite une vraie attention, ce n’est pas la pause en soi, mais la pause associée à des efforts inefficaces, à une fatigue marquée ou à des pertes anormales. Une mise-bas peut être longue, mais elle ne doit pas devenir stérile. C’est exactement là que les seuils d’alerte prennent tout leur sens.
Les situations qui imposent d’appeler le vétérinaire sans attendre
Je préfère être trop prudent que trop tardif sur ce sujet. En reproduction canine, le temps perdu ne se rattrape pas toujours, surtout si un chiot est déjà en souffrance ou si la mère s’épuise. Les signes ci-dessous justifient de contacter un vétérinaire sans attendre, même si la chienne semble encore “faire son travail”.
| Signal d’alerte | Pourquoi c’est préoccupant | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Plus de 68 jours après la saillie sans mise-bas | Le terme dépasse la fenêtre attendue | Appeler le vétérinaire pour réévaluer la situation |
| Pertes des eaux puis aucun chiot dans l’heure | Le travail ne progresse pas correctement | Ne pas attendre davantage si rien ne suit |
| Contractions expulsives fortes pendant plus de 30 minutes sans chiot | Risque de dystocie | Appeler en urgence |
| Écoulement vert avant toute naissance, sans chiot dans les 30 minutes | Décollement placentaire possible, chiot possiblement en souffrance | Urgence vétérinaire |
| Plus de 2 heures entre deux chiots alors que la portée n’est pas terminée | Le travail peut s’interrompre ou se bloquer | Demander un avis sans délai |
| Chiot coincé à la vulve | Blocage mécanique évident | Urgence immédiate, sans tentative de traction maison |
| Pertes malodorantes, abattement, tremblements, fièvre | Complication infectieuse ou métabolique possible | Consulter rapidement |
Le mot-clé à retenir est simple : si le travail stagne et que la chienne s’épuise, je ne temporise pas. Même quand la mise-bas semble “presque terminée”, un chiot peut encore être retenu, et la différence entre une prise en charge rapide et une attente trop longue est souvent majeure. Cette vigilance reste vraie aussi après la naissance, car les premières heures comptent autant que l’expulsion elle-même.
Après la naissance, les deux premiers jours comptent autant que l’accouchement
Une fois les chiots nés, je surveille à la fois la mère et les petits. La mère doit reprendre un comportement maternel stable, boire, manger un peu et rester attentive sans agitation excessive. Les chiots, eux, doivent être secs, au chaud et capables de téter rapidement. Un chiot qui pleure sans cesse, ne s’accroche pas au mamelon ou ne prend pas de poids mérite un avis vétérinaire.
Ce que je surveille chez la mère
- Les pertes vulvaires : elles peuvent persister jusqu’à 2 à 3 semaines, mais elles doivent devenir moins abondantes, plus claires et non malodorantes.
- Les mamelles : elles doivent rester souples ; une mamelle chaude, douloureuse ou dure peut évoquer une mastite.
- L’état général : fatigue légère au début, oui ; abattement important, non.
- Les signes neurologiques : tremblements, marche raide, agitation, hyperthermie ou convulsions peuvent évoquer une hypocalcémie, c’est-à-dire une baisse du calcium sanguin, et c’est une urgence.
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Ce que je surveille chez les chiots
- La prise de lait : le réflexe de succion doit être présent rapidement.
- La chaleur corporelle : un nouveau-né se refroidit vite s’il est mal installé.
- Le poids : je conseille une pesée quotidienne à heure fixe pendant les premiers jours.
- Le comportement : un chiot trop calme, trop faible ou à l’écart doit alerter.
Le piège classique, c’est de croire que le plus dur est derrière soi dès le dernier chiot expulsé. En réalité, les 48 premières heures donnent souvent le vrai verdict sur la qualité de la mise-bas. C’est aussi le moment où l’on commence à penser à l’après, notamment à la place de la reproduction ou de la stérilisation dans la vie de cette chienne.
Mise-bas ou stérilisation comment décider pour la suite
Si la chienne n’est pas destinée à reproduire, la question de la stérilisation se pose très tôt, parfois même avant la première portée. L’intervention la plus courante est l’ovario-hystérectomie, c’est-à-dire le retrait des ovaires et de l’utérus. Elle évite les chaleurs, supprime le risque de gestation non désirée et réduit nettement le risque de pyomètre, une infection grave de l’utérus. Le bénéfice sur certaines tumeurs mammaires est aussi plus net quand la chirurgie est faite tôt.
| Option | Quand elle a du sens | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Faire reproduire | Projet d’élevage réfléchi, bilan de santé, suivi vétérinaire | Il faut accepter le risque de complications et la responsabilité de la portée |
| Stériliser après une portée | La chienne a récupéré et il n’y a plus de projet de reproduction | On évite l’intervention pendant les chaleurs et pendant la gestation |
| Stériliser sans portée | Aucune reproduction souhaitée | Le calendrier se discute selon l’âge, la race et le gabarit |
Je conseille en général d’attendre que la chienne soit hors chaleurs avant de programmer l’opération, souvent au moins 2 mois après, et de ne pas la faire pendant une gestation. Le bon moment n’est pas le même pour une petite chienne adulte, une grande race en croissance ou une femelle ayant déjà eu des troubles hormonaux. C’est une décision à individualiser, pas à standardiser à l’excès.
Le plan simple que je garde en tête avant et après le jour J
Le plus utile n’est pas de tout surveiller, mais de savoir à l’avance ce qui est normal, ce qui doit inquiéter et qui appeler si quelque chose dérape. Si la mise-bas est attendue, je retiens trois choses : suivre le terme de près, préparer un coin propre et calme, et garder le contact du vétérinaire accessible sans chercher le numéro au dernier moment.
Si la portée n’est pas souhaitée, la réflexion sur la stérilisation doit venir tôt, avant qu’une situation d’urgence ou une gestation non planifiée ne vous impose une décision dans la précipitation. Une mise-bas bien accompagnée reste un moment naturel, mais elle demande du discernement, pas de l’improvisation.
